Le groumeur genevois

  • Des bagnoles écolos? Mon oeil!

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    De bleu, de bleu...!

    Pour ne rien t'cacher j'en ai ras-le-bol des bagnoles qui te coûtent la peau des fesses à la moindre rayure de carrosserie.
    Tu mets ça sur le même panard que les grandes morales écologistes qu'on te balance à la figure chaque fois qu'une de tes vaches pète pour agrandir le trou d'ozone et tu comprends qu'on est entré définitivement dans un monde de barjots.

    J't'explique le raisonnement:

    Y'a une cralée d'années, c'est mille cinq cents balles que j'avais déboursés, grâce à un petit crédit ORCA pour ma première Volvo 121 kavait déjà 190'000 kiles au compteur. Les rayures sur la carrosserie? J'm'en foutais comme Hollande des sans dents ou Guelpa de ses comptes de voyages.

    A moins d'un camion ou d'un train qui te billent dedans, il était impossible d'envisager la moindre visite au carossier du coin; d'ailleurs cézigue te tirait la gueule quand y t'voyait passer.

    T'aurais vu les pare-chocs d'la Suèdoise? Mahousses k'ils zétaient; et tout chromés. Avec juste un pt'it peu de rouille pour faire "vintage" comme y disent maintenant.

    Avec ça tu pouvais te parquer à la rue des Pâquis sans craindre qu'un poivrot sortant du Mascotte te bouzille le cul en plastoque de ta pompe dernier cri.

    Or donc je viens de vivre l'expérience la plus écologique de ma si longue existence de groumeur patenté.

    Au dernier salon de l'auto Bobonne a vidé le cochon de céramique dans lequel elle jette abondamment et depuis des lustres ses éconocroques. Rouge pétante la bagnole qu'elle s'est choisie, avec quatre portes et des rétroviseurs ki se règlent tout seuls quand t'enfiles la clef dans la serrure. T'aurais vu ma dulcinée! Le premier soir j'ai dû me farcir trois allers et retour entre la Servette et Collex-Bossy.

    Hier soir malheureusement, en rentrant du turbin, j'ai trouvé Bobonne en pleurs entre la porte du réfrigérateur et celle du four. Entre deux hoquets j'ai cru piger que la carlingue de son auto s'était fait déglinguer par un malotru parti sans laisser d'adresse.

    De Bleu, de bleu...! Le pire nous attendait c'matin en découvrant que l'assurance Kascouille ne couvrait pas les dégâts de parking. "Ah non Monsieur! vous aurez mal lu le contrat- nous a gazouillé la préposée - vous avez bien une assurance Kaspot complète mais elle n'est pas complète-complète, de plus - a susurré la gueuse - votre franchise est de mille balles...

    Comme j'étouffais au bigophone elle a dû croire que j'étais père plexe car ses derniers mots ont été: "J'vous envoie un expert?" Non, un cardiologue siouplaît.

    Mais le pire m'attendait et je sens que je vais cauchemarder des plombes en repensant au regard sardonique et légèrement de traviole du carrossier quand il a vu l'avant de la caisse et la gueule enfarinée de ma moitié.

    Ouah! - qu'il a fait - Oulala! -qu'il a ajouté. Mais encore? - ai-je osé - et là le gonze a sorti un p'tit carnet et nous a établi une petite liste à côté de laquelle celle des pompiers de Notre Dame est de la roupie de sansonnet.

    A l'en croire fallait tout démonter et commander des pièces en authentique plastique d'origine qu'il ne recevrait que dans quelques jours et que la calandre serait blanche et donc kil allait devoir la peindre etc. etc.

    Bref! Une liste de Prévert sans la poésie mais dont tu sais déjà qu'elle va ruiner ta carte de crédit
    Le mec a eu beau me parler d'énergie cinétique qui sauvait des vies et que les bagnoles n'avaient jamais été si performantes et que bla bla bla...

    Donc, et si j'résume, je paie pour avoir un sachet en plastique pour les commis, tous les aliments ou presque sont présentés sous plastique, le lac de G'nève déborde de plastique, les gamins manifestent dans la rue contre le plastique, la bagnole de bobonne est en plastique, réparer du plastique coûte aussi cher qu'un voyage à Lourdes, l'assurance ne couvre pas tout, et il devient impossible de trouver une tire qui aurait des pare-chocs résistants donc écolos.
    Belle époque!

    Et ce s'ra tout pour aujour'hui.

    Le Groumeur genevois

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  • Embrassons-nous Folleville! Et que renaisse Notre-Dame!

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    De Bleu, de bleu...!

    Au risque de dét(c)onner en ce petit matin blême, passée l'émotion des premières heures voilà que s'offre à la France une formidable opportunité: reconstruire, dans un élan national enfin réconcilié, le symbole culturelle et cultuel de mille ans d'histoire.

    Car la France, comme l'Italie, bénéficie encore d'un savoir-faire inégalé, celui hérité des artisans d'art et du compagnonnage. La forêt de la charpente a brûlé? Plutôt que d'envoyer en Chine les précieux chênes séculaires, voilà leur nouveau destin. Le grand orgue, les vitraux, les sculptures, les tableaux, les luminaires ont-ils été touchés? Plus de deux-cents métiers d'art sont recensés en France qui ne demanderont qu'à s'investir dans ces fabuleuses restaurations qui dureront sans doute quelques décennies.

    Car 'histoire se répète. Il y a deux siècles, Notre Dame se trouvait déjà au bord de la ruine quand Victor Hugo lança son sauvetage dans son roman

    "Si belle qu’elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne pas soupirer, de ne pas s’indigner devant des dégradations, des mutilations sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au vénérable monument, sans respect pour Charlemagne qui avait posé la première pierre, pour Philippe-Auguste qui en avait posé la dernière".

    L'appel d'Hugo puis celui de Prosper Mérimée, fut entendu et l'édifice, plus tard, complété par la flèche, hier anéantie, et les grotesques gargouilles qu'imposa Viollet-le-Duc l'architecte du patrimoine médiéval qui termina sa vie à Lausanne.

    Embrassons-nous Paris-Folleville!

    Le Groumeur genevois

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  • Le collapse du Dodo

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    De bleu, de bleu...!

    J'vous raconte. Cette nuit j'ai fait un rêve .

    Mon rêve, dans lequel Chavanne, Mendès-France, Fontanet, Clémenceau, Pidoux et quelques autres discouraient de politique sur l'estrade de l'Alma Mater, se passait devant une centaine d'étudiants ébahis par la hauteur de vue des pertinences, même si chacun s'enquérait auprès de son voisin du pedigree oublié des intervenants.
    L'affiche qui m'avait attiré dans l'aula portait le titre: "Homo Politicus, une race en voie de disparition", rappelant une bien triste aventure

    Or donc, l'histoire se passe en 1680, sur l'île Maurice. Un marin dont la postérité n'a pas rapporté le nom, massacre le dernier Dodo encore vivant sur notre bonne terre. Pour rappel, les Dodo sont une sorte d'oiseaux coureurs plutôt maladroits, incapables de voler, satisfaits de leur vie au grand air, solidaires les uns de autres mais dont ne sait pas vraiment à quoi ils ressemblaient même si la légende les imagine "balladuriens" pour le double menton et la voix de crécelle, avec un côté Maudet pour la goguenardise apparente et l'attente du gros lot du premier juin.

    Si je vous dis que l'on ne sait pas vraiment à quoi ils ressemblaient, c'est que le seul Dodo empaillé trônant dans un musée d'Oxford fut jeté au feu en 1755 par le conservateur du-dit musée qui trouvait qu'il puait. Les Mauriciens en ont fait leur symbole et l'ont imaginé en gros dindon placide dessiné ou sculpté dans toutes sortes de matériaux qu'ils vendent aux touristes en mal de souvenirs.

    La disparition du Dodo symbolise assez bien la disparition des politiciens et de leurs politiques traditionnelles: il y eut, il y a le printemps arabe, les gilets jaunes, la révolution au Soudan, le peuple d'Algérie dans la rue. Le monde a changé, le monde change, les réseaux sociaux sont nés et l'on ne mesure pas encore ce qu'ils suggéreront encore.
    Le monde est devenu ingérable car nous somme trop nombreux et il faut se faire à l'idée. Pour les générations futures le monde est carrément foutu. S'attaquer au plastique, aux émanations de gaz, à la consommation de viande, au nucléaire me fait penser aux enluminures des textes bibliques. C'est bien joli mais ça ne change pas les épîtres.
    Dans cette galère, quelles que soient les rames, l'homo politicus nage à contre-courant.
    Au problème de la démographie, à ceux de l'écologie, de l'alimentation, il répond par des singeries devant les caméras. Il faut lire le bouquin de Picq paru aux Editions Odile Jacob qui reprend la théorie de Darwin, mais à l'envers
    «La télévision, les communicateurs politiques ont changé la donne de la politique. Conséquence: pour éviter les bourdes, les politiciens n'osent plus parler. Ils sont davantage dans l'image et le comportement que dans le discours. Et, en ce sens, ils se rapprochent désormais des maîtres de la politique sans langage, c'est-à-dire les chimpanzés machiavéliques, parfois même démoniaques dont le pouvoir dépend des capacités des individus à constituer des coalitions et des alliances dans le but de monter dans la hiérarchie et de se maintenir dans l'exercice du pouvoir, de gagner les privilèges et d'en assumer plus ou ou moins bien les obligations morales envers ses alliés et les autres».

    Les Dodo de la politique ont donc disparu et, avec eux, l'acceptation par les peuples de leurs décisions. Ceux d'aujourd'hui ne sont sûrement pas plus mauvais que leurs aînés mais condamnés aux singeries puisque le reste ne fonctionne plus.
    Et, comme disait Bill Bryson dans une Histoire de tout ou presque: "Si vous avez l'intention de créer un organisme pour veiller sur notre vie, il vaudrait mieux confier le boulot à quelqu'un d'autre qu'à l'homo sapiens."
    Et ce sera tout pour aujourd'hui.

    Le Groumeur genevois

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