Le collapse du Dodo

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De bleu, de bleu...!

J'vous raconte. Cette nuit j'ai fait un rêve .

Mon rêve, dans lequel Chavanne, Mendès-France, Fontanet, Clémenceau, Pidoux et quelques autres discouraient de politique sur l'estrade de l'Alma Mater, se passait devant une centaine d'étudiants ébahis par la hauteur de vue des pertinences, même si chacun s'enquérait auprès de son voisin du pedigree oublié des intervenants.
L'affiche qui m'avait attiré dans l'aula portait le titre: "Homo Politicus, une race en voie de disparition", rappelant une bien triste aventure

Or donc, l'histoire se passe en 1680, sur l'île Maurice. Un marin dont la postérité n'a pas rapporté le nom, massacre le dernier Dodo encore vivant sur notre bonne terre. Pour rappel, les Dodo sont une sorte d'oiseaux coureurs plutôt maladroits, incapables de voler, satisfaits de leur vie au grand air, solidaires les uns de autres mais dont ne sait pas vraiment à quoi ils ressemblaient même si la légende les imagine "balladuriens" pour le double menton et la voix de crécelle, avec un côté Maudet pour la goguenardise apparente et l'attente du gros lot du premier juin.

Si je vous dis que l'on ne sait pas vraiment à quoi ils ressemblaient, c'est que le seul Dodo empaillé trônant dans un musée d'Oxford fut jeté au feu en 1755 par le conservateur du-dit musée qui trouvait qu'il puait. Les Mauriciens en ont fait leur symbole et l'ont imaginé en gros dindon placide dessiné ou sculpté dans toutes sortes de matériaux qu'ils vendent aux touristes en mal de souvenirs.

La disparition du Dodo symbolise assez bien la disparition des politiciens et de leurs politiques traditionnelles: il y eut, il y a le printemps arabe, les gilets jaunes, la révolution au Soudan, le peuple d'Algérie dans la rue. Le monde a changé, le monde change, les réseaux sociaux sont nés et l'on ne mesure pas encore ce qu'ils suggéreront encore.
Le monde est devenu ingérable car nous somme trop nombreux et il faut se faire à l'idée. Pour les générations futures le monde est carrément foutu. S'attaquer au plastique, aux émanations de gaz, à la consommation de viande, au nucléaire me fait penser aux enluminures des textes bibliques. C'est bien joli mais ça ne change pas les épîtres.
Dans cette galère, quelles que soient les rames, l'homo politicus nage à contre-courant.
Au problème de la démographie, à ceux de l'écologie, de l'alimentation, il répond par des singeries devant les caméras. Il faut lire le bouquin de Picq paru aux Editions Odile Jacob qui reprend la théorie de Darwin, mais à l'envers
«La télévision, les communicateurs politiques ont changé la donne de la politique. Conséquence: pour éviter les bourdes, les politiciens n'osent plus parler. Ils sont davantage dans l'image et le comportement que dans le discours. Et, en ce sens, ils se rapprochent désormais des maîtres de la politique sans langage, c'est-à-dire les chimpanzés machiavéliques, parfois même démoniaques dont le pouvoir dépend des capacités des individus à constituer des coalitions et des alliances dans le but de monter dans la hiérarchie et de se maintenir dans l'exercice du pouvoir, de gagner les privilèges et d'en assumer plus ou ou moins bien les obligations morales envers ses alliés et les autres».

Les Dodo de la politique ont donc disparu et, avec eux, l'acceptation par les peuples de leurs décisions. Ceux d'aujourd'hui ne sont sûrement pas plus mauvais que leurs aînés mais condamnés aux singeries puisque le reste ne fonctionne plus.
Et, comme disait Bill Bryson dans une Histoire de tout ou presque: "Si vous avez l'intention de créer un organisme pour veiller sur notre vie, il vaudrait mieux confier le boulot à quelqu'un d'autre qu'à l'homo sapiens."
Et ce sera tout pour aujourd'hui.

Le Groumeur genevois

Lien permanent Catégories : Humeur 1 commentaire

Commentaires

  • "Conséquence: pour éviter les bourdes, les politiciens n'osent plus parler."
    Macron a osé parler, il a dit la vérité, les Français l'ont exécuté...

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