Lettre ouverte au Chef de Gare

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De bleu, de bleu… !

Monsieur le Chef de gare, cher Monsieur Andreas Meyer,

Votre salaire annuel approcherait le million cinq cent mille balles ? Eh ben je trouve ça vachement peu pour un gonze qui nous offre les trains les plus somptueux, rapides, sûrs, confortables, ponctuels et bon marché du monde.

Il paraît même que lorsque vos trains prennent du retard ils sautent allègrement certaines gares pour garder le rythme. Eh ben, au risque de me répéter, je trouve que c’est vachement chouette dans la mesure où le passage du convoi envoie une bonne bouffée d’air aux guignols qui patientent sur le quai.

Tenez ! L’autre jour, le mardi 25 juin sur le coup de 13h. pour être précis, pendant la canicule (37,5° c. à l’ombre) Bobonne et moi, partis de Viège pour rejoindre l’aérodrome de Zürich, sommes montés en deuxième classe dans un wagon à étage des chemins de fer fédéraux.

A l’intérieur du dit, les gonzes et gonzesses à peine installés, et parmi eux des touristes indiens, japonais, chinois ont commencé à dégouliner et à nous poser toutes sortes de questions. L’un d’eux a même sorti un p’tit thermomètre de poche qui suait bravement les 34,5°c.

Ni une ni deux, nous autres qui parlons la langue des signes et quelques dialectes suisses ou british, quémandons quelque explication auprès votre collaborateur uniformé dont la chemise est marquée de sérieuses auréoles de sueur sous les bras.

  • Entschuldigung, Herr Ticket Prüffer, zauriez-vous l’extrême bonté d’enclencher l’air conditionné afin que nous profitions au mieux de cette aimable glissade sur les rails qui va nous faire parvenir sur les rives enchanteresses de la Limmat ?
  • Mais Monsieur, l’air conditionné est enclenché.

A ces mots le Groumeur ne se sent pas de joie et pour montrer sa belle voix demande si, d’aventure, son interlocuteur pourrait appuyer sur un bitonniot qui règlerait la température à une dizaine de degrés de moins.

  • Ach ! Das ist ganz impossible ! Nous avons des ordres du Grand chef de gare : pour faire de petites éconocroques la SBB/CFF règle la température dans les wagons des prolétaires à trois degrés de différence avec l’extérieur… mais vous pouvez tenter la première classe, là il fait moins chaud.

J’ai cru que Bobonne allait péter une durite.

Pour nous deux, Monsieur le Chef de gare, nous avons payé 150 balles pour nos billets ; la première classe nous aurait été offerte pour 254 francs. A ce prix là tu vas à Barcelone par avion réfrigéré.

Mais bon Monsieur le Chef de gare, cher Monsieur Meyer! Je ne pense pas que vous connaissiez le moelleux des sièges de seconde classe.

Au fait, on me dit que lorsque vous aurez réglé les quelques détails de ponctualité et autres babioles qui nous remplissent de joie vous alliez vous attaquer à de belles et grandes idées comme celle derecréer les fameuses troisièmes classes qui enchantaient nos grands parents prolos.

Oh la bonne idée !

De bleu de bleu… ! Si elle passe va falloir demander une petite augmentation de salaire au Conseil fédéral.

Ce sera bien mérité et ce sera tout pour aujourd’hui.

 

Le Groumeur genevois

 

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Commentaires

  • Ouais ben vous datez. En Amérique, le patron de Uber se paie une villa à 75 millions de dollars. Les chauffeurs Uber, eux, dorment dans leur bagnole parce qu'ils ne peuvent se payer un loyer. Y a des progrès à faire en Suisse, visiblement.

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