14/12/2018

Alors? C'est pour bientôt les gilets?

De bleu, de bleu… !

 J’vous ai souvent parlé de mes potes de la Queue-d’Arve que je rencontre presque quotidiennement au « bureau » où nous sirotons trois de Perlan sur l’air du tralalalalère tout en commentant la saga Maudet et, désormais, les turpitudes de nos voisins gilets jaunes.

 Hier à midi, Jeannot, après que j’eusse étalé ma science sur la question en victimisant les dits gilets de sauv(et)ages, m’a posé la question suivante :

- Dis donc tézigue, tu serais capable d’écrire un papelard sur la question sans avoir recours à tes g’nevoiseries habituelles ?-

 Chiche, que j’lui ai répondu, et tu verras que les gonzes sont bien moins violents que ceux qui les gouvernent. (J’évoque bien sûr les authentiques gilets jaunes et non les glandus casseurs.)

 Or donc voici le résultat : (en espérant que mes lecteurs genevois habituels me pardonneront d’écrire en français)

De bleu, de bleu...

 J’ai souvent déconcerté voire troublé Bobonne, mon auditoire favori, en affirmant que notre petite et bienheureuse société helvétique allait devoir faire face à un danger souvent imperceptible mais bien présent : les violences structurelles, véritables bombes à retardement dont certaines viennent d’exploser en France.

 " Mais au fait, c'est quoi la violence structurelle?"

Si la violence directe est générée par un ou des auteurs définis, la violence structurelle, elle, est la résultante des contraintes exercées par le pouvoir ou la société elle-même sur les individus. Elle ne choisit donc pas ses victimes car, dans la plupart des cas, elle ignore qu'elles existent. Agissant sans "bruit", on ne peut finalement en constater que les dommages causés.

Si toutes les tranches d'âge sont touchées, y compris les enfants, en revanche toutes les classes sociales ne le sont pas avec la même intensité; ainsi grandir dans la pauvreté ou une progressive paupérisation ne fait qu'accentuer le risque de subir des violences structurelles.

 L'ancien directeur de l'Institut universitaire d'études du développement (IUED), le professeur Preiswerk, s'est attaché à démontrer que la formule "vivre en paix" n'avait de pertinence que dans la mesure où notre société s'efforcerait à combattre simultanément la violence structurelle qu'il décrit comme "l'ensemble des conditions ou des actions détruisant les hommes dans leur être psychique, physique et spirituel de manière anonyme et sans qu'ils soient agressés personnellement par des armes". Les exemples qu'il donne sont particulièrement probants: enfants doués privés d'éducation en raison de leur appartenance ethnique, sans-abris mourant de faim au milieu d'un monde abondant en nourriture, personnes âgées abandonnées à des sorts peu enviables.

Le Diable se cachant dans des détails paraissant insignifiants, les travaux du Fonds national pour la recherche scientifique révèlent que les dangers de la route provoquent des interdictions permanentes pour une bonne moitié des enfants de cinq à sept ans : on ne joue pas dans la rue, on ne quitte pas le logement familial sans être accompagné, on ne fréquente pas les cours d'école si celles-ci servent également de zones de parcage etc…

Les effets de cet état de violence structurelle sont permanents en réduisant le degré d'autonomie des enfants et en brimant le développement harmonieux.

De la liberté de jouer et de se dépenser physiquement dans la nature on passe au confinement en chambre devant la console vidéo.

Si l'on confronte son idée générale avec la réponse que devrait donner la société, on se rend vite à l'évidence que l'ensemble des partis politiques reprend à son compte, et particulièrement en période électorale, cette "paix positive" en prônant la justice sociale, l'équité, l'égalité, l'émancipation, la responsabilité, la liberté et le bien-être mais en la foulant aux pieds dès qu’il s’agit de l’appliquer.

Dans un article paru il y a quelques semaines un économiste se penchait  sur l’impôt sur les grandes fortunes, abrogé par Macron, et la problématique des hauts salaires défrayant la chronique depuis quelques temps: je dis "se penchait" car je ne sais, après lecture attentive, s'il les considérait comme normaux et donc acceptables ou prohibitifs, et donc inacceptables. Certes il indiquait que "c'est (bien) au  niveau de la responsabilité sociale que se situe la différence entre les hauts revenus admissibles et la rémunération excessive; certes il nous dit aussi que l'argent gagné par l'entreprise appartient à ses propriétaires, les actionnaires et non aux managers mais, et dans le même temps il paraissait justifier les salaires des premiers de cordée, comme les appelle Jupiter.

Qu'il me permette néanmoins de lui opposer quelque réflexion de bon sens terrien. Chaque jour dont Rochebin nous entretient sur nos petits écrans, nous croisons, grâce aux témoignages des gilets jaunes, la misère d’une partie du peuple français, qu'elle soit psychique, physique ou structurelle - pour reprendre notre définition - chaque jour aussi nous croisons quelques héros et héroïnes, au Smic, qui, par leur travail et leur engagement peuvent prétendre au titre de meilleurs parents du monde, malgré des salaires très bas, malgré les privations, malgré leur volonté, leur rigueur et leur honnêteté, malgré les coups bas de la vie ou la plaie du chômage, du salaire ou de la retraite trop faibles.

Cette France des Sans-dents, cette France des gilets jaunes doit nous indiquer le risque d'une future Suisse d'en bas.

Le danger social est réel même s'il n'est encore que latent. Comment dire aux déshérités, aux opprimés, aux exploités et à la grande majorité des jeunes en quête d'emploi que la qualification d'abus en matière de rémunération des plus aisés n'est pas pertinente et qu'il ne s'agit que d'une juste et équitable rétribution appartenant à l'ordre des libertés fondamentales. Comment leur dire que des invitations fastueuses, du champagne à gogo, quarante mille francs de frais, dix-sept mille francs de téléphone sont choses banales dans le monde politique.

Ces rémunérations excessives, ces petits arrangements entre amis de même classe, me semblent rejoindre le syndrome du mâle dominant manifestant sa puissance à l'égard de la femme par des assauts de virilité ou d'asservissement, c'est-à-dire une combinaison habile ou primaire de violence structurelle et non structurelle.

Le moment viendra, hélas, où ces bombes à retardement exploseront sous nos fesses et où nous n'aurons plus que les mots pour dénoncer les maux.

 - T’as lu mon papelard ? ai-je interpellé Jeannot c’matin.

 - Ouaips, k’il m’a répondu, c’est ballot mais j’te préfère en groumeur !

 Et ce s’ra tout pour c’t’après-midi.

 Le Groumeur (déconfit) genevois.

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28/11/2018

Maudet, Bottani. Ah! la belle escalade.

 

De bleu, de bleu… !

Tu parles d’une escalade dans la saga g'nevoise!

V’là un ministre de la République de quarante balais qui s’accroche aux pieds de son burlingue comme Diogène à son pithos. Même le gusse Rochebin de la téloche, tout sourire venimeux dehors,  n’a pas réussi hier soir à le déglinguer définitivement.  Pathétique j’te dis !  Même moi j’n’y crois plus alors que j’avais, ici même, fustigé l’attitude un peu dégueu de ses p’tits camarades.

Et tu verras qu’il va rester en place, quitter son parti et se faire réélire par le bon peuple aux prochaines élections si, d’ici là, le proque ne lui envoie pas dans les guiboles des termites pénales qui te bouffent par le menu le bois dont tu te crois être fait.

Et pendant c’temps-là, v’là le patron de septante balais de la course de l’Escalade qui rend les plaques avant la quarante et unième course de la Mère Royaume dans un quasi désert de louanges. Alors la République ? On se bouge ?

Car le mec Bottani est un Monsieur à qui il ne manque que l’accent g’nevois que chante avec bonheur son pote Sunier. A eux deux, il y a quarante ans, alors que le petit Maudet biberonnait en déféquant dans ses couches, ils ont créé un événement unique : La course de l’Escalade durant laquelle cinquante mille bipèdes font l’tour de la Vieille-Ville sans même s’arrêter boire une bière à la cloche.

J’ai pas compté les minutes à la radio ou à la télé ni les lignes dans nos canards. Mais ça manque singulièrement de gratitude. Ce que je sais par contre c’est que j’verrais bien Bottani remplacer Maudet à la tête de son département.

De bleu, de bleu… !

Tu parles si ce s’rait giron un pareil destin croisé. Bottani, à septante ans, l’est encore plus jeune dans sa tête que le Maudet.

Intègre, passionné, passionnant, entreprenant et génial.

Merci Monsieur Bottani.

Le Groumeur genevois

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01/11/2018

De functus et autre Allo Ouine



De bleu, de bleu...!

Remonté qu'il était mon copain Julot c'matin à l'heure de l'apéro! On d'vait être une dizaine à siroter tranquillement nos bibines respectives quand il a déboulé vers le zinc en vitupérant: C'est quoi ces conneries d'Allo Ouine? C'est quoi ces merdeux déguisés en zombies qui viennent vous tauper à point d'heure de la nuit alors que j'suis peinard devant mon poste de téloche. C'est à peine s'ils m'ont dit bonsoir et y zont fait franchement la gueule quand je leur dit que j'n'avais pas de bonbons et que de toute manière c'était mauvais pour leurs chaniottes.  Sont pas foutus d'attendre l'Escalade? Au moins là, tu peux les obliger à te raconter la Mère Royaume ou à te chanter les soixante-huit couplets du Cé qué l'ainô avant de leur filer un biffeton.

Or donc on a bien essayé de lui expliquer les joies de la globalisation, rien n'y a fait; il a même réussi à nous plomber la dégustation des cacahouètes, en stigmatisant nos tronches d'enterrement en ce premier novembre.

C'est ainsi qu'il est parti sur une diatribe qu'aurait pas reniée Warlu après son coup de pétard à la Réserve.
Bande d'ignares - qu'il a vomi - tout en se jetant un grand verre de Perlan entre les mandibules. Faut dire que l'Julot avait usé ses culottes chez les cathos jésuites durant ses jeunes années. "En c'temps-là, messieurs, on n'pleurait pas les morts le jour de la Toussaint, en c'temps-là, la Toussaint c'était la fête de tous les Saints et la messe se chantait en blanc et non en noir".

Pierrot a failli se prendre une mandale quand il a osé profaner l'instant par un retentissant: Saint Julot, priez pour nous! avant que s'ensuive, donné par le pré-opinant, un vrai cours de théologie pour les nuls, agrémenté de locutions latines et de borborygmes carougeois. "Si vous voulez pleurer sur vos tombes gardez ça pour d'main! Là ce s'ra le jour des morts".

Calmé, l'Julot nous a rendus un peu plus intelligents en nous expliquant que le mot défunt venait du latin de functus autrement dit celui qui a rempli sa fonction, qui s'est retiré peinard en attendant que les vivants prient pour sa rédemption divine.

Là-d'sus il a enfilé son paletot et, goguenard, s'est excusé en disant: "Désolé mais comme demain j'srai au turbin, j'vais au cimetière poser quelques fleurs sur feue ma tante Adèle".

Et ce s'ra tout pour la Toussaint.

Le Groumeur genevois

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